Roselyne si tu savais...
Cette "affaire" est étrange.
Resituons un peu pour ceuxqui n'ont pas ouvert un journal cesdernières 48h.
1/ Bref rappel des faits
Ce week end, un homme de 57 ans est décédé... Jusque là me direz vous, rien de très anormal en soit, juste un énième décès.
Sauf qu'un soucis majeur a été rencontré.
Pour faire court: cet homme présentait une détresse respiratoire assez grave, motivant l'engagement simultané des pompiers et d'un Service Mobile d'Urgence et de Réanimation (SMUR).
Pour les impies: le SMUR est une structure quasi unique au monde, une quasi spécificité française, où le choix est "d'amener l'hôpital au chevet du patient". Il s'agit donc là, a minima, d'un médecin et d'un ambulancier, avec tout le matériel ad-hoc pour pratiquer une réanimation.
Ce patient a donc été pris en charge. Compte tenu des gestes médicaux nécessaires, des diagnostics différentiels, des différents médicaments à passer, de leurs délais d'action... Il n'est pas rare que la prise en charge commence par une bonne heure de gestes divers sur les lieux même du soucis, et en ce qui nous concerne aujourd'hui, au domicile.
Ce temps est en partie mis à profit par le médecin régulateur du SAMU pour trouver une place adaptée au diagnostic et à l'état de la victime.
Dans cette affaire, le patient a passé 2h au domicile, et le régulateur en était déjà à plus d'une dizaine de coups de fil, tous restés sans suite: pas l'ombre d'une place disponible.
Le SMUR a certes l'avantage de pouvoir amener l'hôpital au chevet du patient mais a tout de même ses limites. Le médecin régulateur ainsi que le transporteur (celui au chevet), ont donc tous deux décidés de se rapprocher du Centre Hospitalier le plus proche, en attente de place, de façon à pouvoir disposer de moyens de réanimation encore plus lourds, au cas où la situation s'aggraverait. Le patient est donc arrivé à t+3h dans ce CH. Le soucis: ce n'est qu'à t+6h qu'une place a pu enfin être trouvée. En effet, la pathologie respiratoire laissée supposer un problème d'origine cardiaque, le patient nécessitait donc non seulement une place de réanimation, mais aussi une structure disposant d'une coronarographie.
Ainsi donc cet homme qui aurait peut-être (sans doute?) pu s'en sortir très bien si d'aventure une place avait pu être trouvée plus tôt, est finalement décédé, par manque de place.
Ainsi:
- Le patient est décédé.
- La famille a porté plainte contre X pour non assistance à personne en danger.
- L'Association des médecins urgentistes de France dénonce un manque de place criant en Ile de France, a fortiori dans cette période de trève de confiseurs.
- La Ministre de la santé demande à l'inspection générale des affaires sanitaires et sociales de procéder à une enquête.
- Les Hôpitaux, l'agence régionale de l'hospitalisation, relayés par la Ministre de la santé, annonçaient hier matin que lors de l'évènement, 5 places de réanimation étaient disponibles en Ile de France. La Ministre de la santé en annonçait 11 lors d'une seconde conférence de presse dimanche soir, dénonçant un défaut d'organisation. Le Chef de service de réanimation qui a finalement accueilli le patient annonçait quant à lui qu'il ne comprenait pas, la place ayant toujours été disponible depuis la veille au soir, qu'on l'ait appelé si tardivement.
- Le médecin régulateur annonce quant à lui avoir tenté de trouver une place dans plus de 25 hôpitaux.
2/ Brève analyse du dossier
Pour faire donc court: le regulateur a tenté de trouver une place dans plus de 20 hôpitaux et s'est doucement fait envoyer paître. A posteriori, lors des interviexs délivrées aux journalistes, les autorités annoncent 5, puis 11 places de réa disponibles au moment de l'intervention.
Il faut resituer un peu la façon dont se passe au quotidien la vie d'un médecin régulateur: il s'agit véritablement d'une bataille sans nom pour trouver une place; a fortiori dans une région comme l'Ile de France. Et bien oui, c'est finalement le drame de cette région: la plétore de structures génère un désordre sans nom. Du coup chacun "sélectionne".
Il y a bien des tentatives de synchronisation, notamment un logiciel censé permettre de connaître à chaud où sont les places disponibles. Sauf que peu de services le font vraiment vivre. Au mieux le logiciel est renseigné le matin, mais ses données sont déjà obsolètes dans l'heure qui suit.
Autre problème: quelle que soit la structure, une sélection à l'entrée est faite le plus souvent.
Cas concret: une personne agée de 88 ans, intubée ventilée, n'a pour ainsi dire aucune chance d'être un jour extubée. Le service l'acceptant part donc potentiellement pour 1 an de réa, sans geste majeur, juste l'assistance du respirateur, la nutrition, etc etc. A contrario, une polytraumatisé de 30 ans, sportif, présente un intérêt majeur: des actes chirurgicaux couteux, et une sortie rapide. Ainsi donc le rapport facture/délai d'hospitalisation est plus élevé dans le cas 2 que dans le cas 1. J'entraperçois certains hurler à la dérive dûe à la droite aux commandes, tel Ben-Hur arrêtez votre char de suite, cette situation dure depuis plus de dix ans.
Le Dr. Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes de France, aborde aussi ce problème critique de place sous l'angle du sous effectif chronique dans les hôpitaux.
Cela me donne l'occasion de rebondir sur le communiqué de presse de St Vincent de Paul concernant l'affaire de l'enfant empoisonné. Dans ce communiqué il était fait mention d'un effectif "cohérent", et non déficitaire. Sauf que... Il convient de savoir que les effectifs actuels dans les services sont ceux prévus... pour les jours de grêve. Bah oui, ces mêmes cadres qui vous annoncent qu'il n'y a pas de problème de sous effectif, sont les mêmes qui quelques années plus tôt ont défini des "quotas": X personnes nécessaires pour un fonctionnement nominal efficace du service. et X-Y personnes nécessaires pour assurer le minimum vital. Il se trouve que plus de 75% des services des hôpitaux publiques tournent quotidiennement avec cet effectif "X-Y".
Loin de moi la prétention de penser proposer ici à Roselyne une solution au problème. Le champ d'action est énormissime: crise de vocation pour l'hôpital, manque de souplesse des structures, sous effectif chronique... Mais il est clair qu'il est ici un chantier gigantissime auquel s'atteler.
31/12/08 - 02:58
Je lirais plus amplement ton post demain, mais je voulais juste ajouter une note.
A minima, un SMUR ne peut partir sans 3 personnes à son bords : le médecin dit médecin transporteur, l'ambulancier, et un infirmier (ou l'externe assez souvent pour Paris, parfois un interne).
jupi